Alphonse Georges POULAIN (1875 - 1966)

(Archéologue, Peintre, Sculpteur et Ecrivain)

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Biographie

 

« Ses mains rugueuses caressent les rudes pierres ouvragées par les maîtres-maçons d’autrefois. Elles manient aussi avec délicatesse le ciseau du sculpteur ou le pinceau de l’aquarelliste. Il a reproduit en de multiples peintures ou dessins tous les coins du vieux Vernon. Son art tremblotant fait penser à Robida. Archéologue, écrivain, artiste, il n’a pas d’ambition. C’est un sage  ».

Ainsi, dans « Le Démocrate vernonnais » du 14 novembre 1947, Robert Laurence présentait-il Alphonse-Georges Poulain. Historien, archéologue, aquarelliste, sculpteur, cet autodidacte a vécu à Saint-Pierre-d’Autils jusqu’à sa mort, le 16 février 1966, au terme d’une existence laborieuse et modeste mais extrêmement riche.

Alphonse-Georges Poulain naquit à Avrilly près de Damville, dans le Pays d’Ouche, le 11 octobre 1875. La famille était modeste : un père cordonnier et une mère lingère. L’enfant se révéla maladif mais curieux de tout . Après l’école primaire, le jeune Alphonse-Georges suivit à Evreux les cours de l’école de la rue aux Bouchers, devenue aujourd’hui rue Isambard. Il en sortit avec le brevet élémentaire.

Pas question d’entreprendre des études supérieures dans cette famille aux revenus assez réduits : il devint donc jardinier rosiériste à l’école des Roches qui venait d’être fondée par Desmoulins à Verneuil-sur-Avre. Mais cet autodidacte continua à faire preuve de curiosité intellectuelle et, le soir, quand était finie la journée de jardinage, Desmoulins qui l’avait pris en sympathie, lui enseignait le latin.

En 1896 – il avait alors vingt-deux ans –A.G.Poulain vint s’installer à Vernon avec ses parents, puis deux ans plus tard à Saint-Pierre-d’Autils dans la maison à colombages où il passera le reste de sa vie. Dès son arrivée dans la vallée de la Seine, il se mit à découvrir la région de Longueville et très vite, il entreprit des fouilles archéologiques. Entre 1902 et 1904, il procéda à l’ exploration de trois abris sous roches, à Mestreville, sur la commune de Saint-Pierre-d’Autils. Il y découvrit des ossements de mammouths et de rennes ainsi qu’une sépulture néolithique qui sera reconstituée plus tard au Muséum d’Histoire naturelle de Rouen.

D’autres fouilles suivront : en 1904 au camp du Goulet puis, en 1909, à Tourneville, sur la commune de Saint-Pierre-la-Garenne où les restes d’une villa gallo-romaine furent mis à jour. En 1910 et 1911, l’archéologue explora des abris sous roches à Bonnières et à Jeufosse et fouilla des sites gallo-romains à Saint-Aubin –sur-Gaillon et à Parigny, sur la commune de Condé-sur-Iton.

Rendant compte de ses fouilles, A.G.Poulain publiait de nombreux articles dans les bulletins des sociétés archéologiques et bientôt, l’importance de ses travaux fut reconnue. C’est ainsi que le savant biologiste rouennais Henri Gadeau de Kerville s’intéressa à ses recherches et lui proposa de l’aider à en publier les résultats. A partir de 1925, il lui offrit sa collaboration lors de la prospection du camp de César à Vernonnet, d’un ossuaire néolithique à Saint-Just et de deux ouvrages fortifiés situés à Houlbec-Cocherel et à Hardencourt.

Toutes ces fouilles donnèrent lieu à des communications qui sont encore utilisées aujourd’hui par les archéologues. Gérard Fosse qui a travaillé récemment sur le site de Mestreville soulignait le caractère moderne de la méthode utilisée : « L’esprit scientifique qui entoure l’exécution de ces fouilles est assez rare pour l’époque : A.G.Poulain publie le résultat de ses travaux , confie certains matériaux issus de fouilles à des spécialistes, participe à la vie associative scientifique régionale  ».

Pour illustrer ses comptes rendus de fouilles, l’archéologue fut amené à faire des croquis. Est-ce là l’origine de son goût pour les arts plastiques ? Il est vrai qu’il avait suivi à Rouen des cours3 de dessin et de sculpture et qu’il avait été l’élève de Léon de Vesly, professeur au Lycée Corneille et conservateur du Musée des antiquités de Rouen.

Aquarelliste de talent, AG.Poulain a reproduit la plupart des sites et des monuments de la région. Membre de la Société des Artistes normands, il présenta plusieurs œuvres lors d’expositions, notamment à Rouen, avant d’être reçu en 1939 et en 1943 au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il dessina la ville de Vernon meurtrie par les bombardements.

En tant que sculpteur, il s’exprimait souvent dans un style néogothique, réalisant des coffrets, des reliquaires, des triptyques, ainsi que de nombreux bas-reliefs. La ville de Vernon lui doit notamment les stèles dressées dans le hall de l’hôtel de ville en l’honneur des victimes des guerres.

Dès 1908, Alphonse-Georges Poulain souhaitait la création d’un « musée cantonal » permettant de rassembler toutes les pièces découvertes au cours de ses fouilles. Il constitua lui-même l’embryon de ce qui allait devenir le Musée de Vernon en rassemblant de nombreux objets des époques préhistoriques, gallo-romaine, franque et médiévale provenant de ses recherches. Il fit également don au futur Musée des gravures, dessins et aquarelles dont il était l’auteur et représentant des monuments existants ou disparus.

Il veillait sur ces collections entreposées à la mairie et fut nommé conservateur du musée de Vernon en 1922, mais comme le soulignait récemment Sophie Fourny-Dargèe, conservateur « Malgré les remerciements, les encouragements et les médailles, il n’eut pas la joie d’assister à la naissance d’un « musée cantonal » à Vernon ». Alphonse-Georges Poulain serait sans doute agréablement surpris s’il revenait dans le Musée qui porte son nom pour admirer l’aboutissement d’un projet qui lui tenait à cœur.

Après ses fouilles et ses promenades, l’archéologue aimait à se retrouver dans sa maison de Saint-Pierre-d’Autils, « L’Ermitage » situé 16 rue aux Sauvages, une rue qui porte aujourd’hui son nom. Il y entreposait ses œuvres, et, très méthodique, il prenait soin d’y classer ses écrits et de nombreux articles de presse. Le bureau du « vieux maître » qui n’a pas changé depuis 1966, constitue un véritable Musée . Ce Normand était un terrien et il aimait beaucoup le village de Saint-Pierre-d’Autils dont il fut conseiller municipal de 1912 à 1944, refusant le poste de maire qu’on lui avait offert.

Dès ses premières fouilles, Alphonse-Georges Poulain prit contact avec les sociétés s’intéressant à l’archéologie et à l’histoire ; En 1902, il devint membre de la Société normande d’études préhistoriques dont il sera plus tard le président. De 1911 à 1939, il participa régulièrement aux congrès des Sociétés savantes et y présenta de nombreuses communications sur ses travaux.

Très vite, la qualité de ses recherches fut reconnue : officier d’académie en 1906, il fut nommé correspondant du ministère de l’Instruction publique en 1919, correspondant de la commission des Monuments historiques en 1937 puis membre non résident du comité des Travaux historiques et scientifiques du ministère de l’Education nationale en 1945. Les insignes d’officier de l’Instruction publique lui furent remises en 1927, à la Sorbonne, par le président Edouard Herriot . En 1929. l’académie de Rouen, Arts et belles lettres, lui attribua le prix très rechercé : « Courtonne Lenepveu » et fait UNIQUE, lui redonne en 1959, trente ans plus tard.

Mais, dans ses recherches, Alphonse-Georges Poulain ne s’est pas limité à la préhistoire et l’histoire gallo-romaine. Sa curiosité a largement dépassé la seule archéologie et il s’est penché sur toutes les périodes de l’histoire, avec un intérêt tout particulier pour le Moyan-Age. Il a même publié quelques documents relatifs à l’époque contemporaine.

Brochures, articles, livres, l’historien a beaucoup écrit. Ses publications dont la liste est impressionnante peuvent être consultées au service régional d’archéologie mais aussi dans les archives ou les bibliothèques publiques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages portant sur l’histoire de Vernon et de sa région. Parmi les plus connus, on peut citer « A travers le vieux Vernon » paru en 1933 puis réédité en 1953 et 1982, « Autour de Vernon ; promenades archéologiques ; des rives de la Seine aux bords de l’Eure et de l’Epte » publié en 1935 et « Les Séjours du Roi Saint-Louis en Normandie et principalement à Vernon-sur-Seine » datant de 1957. L’archéologue s’est également intéressé aux richesses archéologiques des cantons voisins, publiant : « Les églises du canton de Bonnières-sur-Seine » en 1960 et « Gaillon et ses environs » la même année.

Bien entendu Alphonse-Georges Poulain ne pouvait rester à l’écart du Cercle d’Etudes Vernonnais. Dès 1956, le grand préhistorien rejoignit les quatre premiers fondateurs et, en tant que conservateur du musée, il reçut le titre de membre d’honneur de la nouvelle association. Pendant dix ans il fut un membre actif du Cercle. Il collabora aux « Cahiers vernonnais ». Ainsi dans le n° 3 datant de décembre 1963, il publiait trois documents relatifs à l’histoire de Vernon et de Saint-Pierre-d’Autils.

En mai 1964, le C.E.V. organisa un colloque pour célébrer le six centième anniversaire de la bataille de Cocherel. Malgré son âge, l’archéologue prit une part active à la préparation de cette réunion et y présenta une communication sur « Le site de Cocherel ». L’année suivante, dans le numéro 5 des « Cahiers », l’historien publiait un répertoire des chartes de l’Hôtel-Dieu de Vernon. En hommage à Alphonse-Georges Poulain, le n° 8 des « Cahiers vernonnais » édité en 1975 recensa l’œuvre de l’érudit, en récapitulant non seulement ses principales explorations archéologiques mais aussi ses nombreuses publications d’histoire et d’archéologie ainsi que la nomenclature des articles parus dans divers journaux de la région normande de 1901 à 1965.

Telle fut, rapidement retracée, la vie d’Alphonse-Georges Poulain. Malgré son immense érudition il sut rester simple et modeste.

Ses amis le décrivent comme un « Homme de la terre, fidèle à ses aïeux, serein et plein d’humilité ». Le « vieux maître » aimait se promener dans la nature, retourner les pierres, poser son pliant pour faire un croquis… Mais cette existence fut riche, consacrée tout à la fois à l’archéologie, à l’histoire et à la création artistique. Un « honnête homme » au sens où on l’entendait au XVII è siècle.

 

 D’après André GOUDEAU

du cercle d’études vernonnais


           
Date du jour : Mardi 21 Novembre 2017    
Dernière mise à jour : 26 Février 2006
       
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